Sachez qu’au commencement, nul n’était assez hardi pour monter à cheval, s’il n’était auparavant chevalier. Les armes que nul ne porte qui ne soit chevalier ne leur ont pas été données sans motif.
L’écu qu’il met devant lui pour se couvrir signifie que, comme l’écu se met entre le chevalier et les coups, le chevalier lui-même doit se mettre devant la Sainte Eglise, face à tous les malfaiteurs, qu’ils soient lanons ou mécréants.
Le haubert, qui recouvre le chevalier et le protège de toutes parts, indique que, de la même manière, la Sainte Eglise doit être enclose et entourée par la vigilance du chevalier.
Le heaume, que le chevalier a sur la tête et qui, plus que toutes les autres armes, est apparent, nous enseigne que, de la même manière, le chevalier doit apparaitre avant toutes autres gens, pour combattre ceux qui voudront nuire à la Sainte Eglise et lui faire du tort.
La lance, qui est si longue qu’elle frappe avant qu’on puisse atteindre le chevalier, nous enseigne ceci : de même que la peut de la lance, dont le bois est roide et le fer tranchant, fait fuir le lanon désarmé, de même que le chevalier doit être assez fier pour répandre la peur, afin que nul lanon ou malfaisant n’ait l’audace d’approcher la Sainte Eglise.
L’épée, que le chevalier porte à sa ceinture, est tranchante de deux côtés, mais ce n’est pas sans raison. L’épée est de toutes les armes la plus honorée et la plus haute, parce qu’on peut s’en servir de trois manière. On peut pousser d’estoc et tuer avec la pointe. On peut frapper de taille, avec les deux tranchants droit et gauche. Les deux tranchants signifient que le chevalier doit être le serviteur de Notre-Seigneur et de son peuple. L’un des tranchants doit frapper ceux qui sont les ennemis de Notre-Seigneur ; et l’autre doit faire justice de ceux qui sont les destructeurs de la société humaine. Mais la pointe est d’une autre nature. La pointe signifie l’obéissance, car toutes gens doivent obéir au chevalier. Et c’est à très bon droit que la pointe signifie l’obéissance, parce qu’elle point ; et rien ne point ne point si durement que d’obéir à la force de son cœur. Telle est la signification de l’épée.
Le cheval, enfin, sur lequel le chevalier est assis et qui le porte en tous besoins signifie le peuple, car le peuple doit porter le chevalier en tous besoins, et c’est sur le peuple que le chevalier doit être assis. Car celui qui est assis sur le cheval l’éperonne et le mène où il veut ; et de la même manière le chevalier doit mener le peuple à sa volonté, par une juste sujétion, parce que le peuple est et doit être au dessus de lui. Ainsi pouvez-vous savoir que le chevalier doit être le seigneur du peuple et le sergent de Dieu.
Lancelot du Lac